Étymologie des patronymes – Warchin de 1670 à 1797 (BGH #025, p27, 1996)

Dans le n° 25 du BGH paru en 1996, Jean-Luc Dubart et Willy Goeminne présentaient et justifiaient l’étymologie des patronymes les plus représentatifs de Warchin entre 1670 et 1797. Parmi les 71 patronymes relevés pour 434 naissances, 37 concernaient à eux seuls 393 naissances, chacun apparaissant plus de trois fois. À lui seul, le patronyme SOUDAN figure dans 27 naissances. Les auteurs se sont donc penchés sur la signification de ces noms parmi les plus fréquents dans le village.

Étymologie des patronymes, Warchin 1670-1797

Les racines profondes des noms à travers les époques

Avant d’évoquer l’interprétation proposée pour Warchin, il est essentiel de comprendre le long cheminement qui a mené à la formation de nos noms de famille telles que nous les connaissons aujourd’hui !

L’histoire de nos noms est un véritable voyage linguistique et culturel, façonné par les migrations, les conquêtes et l’évolution des sociétés. Dès les temps les plus anciens, l’humain a ressenti le besoin de se distinguer et de se nommer.

Des temps gaulois aux influences gallo-romaines

À l’époque gauloise, le nom était unique, personnel, et souvent associé à la figure d’un chef ou d’un guerrier.

La conquête romaine bouleversa cette simplicité en introduisant des structures onomastiques plus complexes. En Gaule du Sud, fortement romanisée, le système s’inspira du modèle romain tripartite :

  • le praenomem (prénom),
  • le nomen (nom de la gens),
  • et le cognomen (surnom).

Le praenomen était souvent choisi en hommage à un Romain illustre (Julius, Severus), tandis que le cognomen décrivait une particularité physique, morale ou sociale.

En Gaule du Nord, moins profondément romanisée, on privilégia deux noms : le nom du père, suivi d’un surnom individuel. Celui-ci pouvait indiquer un ordre de naissance (Primus, Quintus), une caractéristique physique (Albus, Fortis), une référence divine (Apollinaris), des allusions au mois de naissance (Augustus), ou encore un diminutif affectueux (Pullus, Pupa, Albilla).

L’héritage germanique et l’émergence des patronymes médiévaux

L’arrivée des peuples germaniques apporta des noms composés de deux éléments (*Chlod-ion*, *Chlod-aire*), dont le premier se transmettait souvent aux descendants.

Mais c’est véritablement au Moyen Âge que nos noms de famille commencèrent à se fixer. Le prénom chrétien devint la base, souvent choisi en l’honneur d’un saint protecteur (André, Antoine, Jacques). Avec l’augmentation de la population, un simple prénom ne suffisait plus : on y ajouta donc

  • une filiation,
  • une origine géographique,
  • ou un surnom décrivant une particularité physique ou morale.

C’est à cette époque que le surnom et le sobriquet, d’abord distincts, commencèrent à se confondre.

Les quatre Piliers de l’onomastique : d’où viennent nos noms ?

L’onomastique est l’étude des noms propres, déclinée en

  • anthroponymie pour nos noms,
  • toponymie pour les noms de lieux,
  • hydronymie pour les noms de cours d’eau.

Les origines patronymiques se répartissent généralement en quatre grandes catégories

Les noms dérivés d’un lieu : Le territoire qui nous nomme

Nos paysages et nos localités ont souvent laissé une empreinte durable dans nos noms de famille.

Origine géographique directe :

  • Desoignies : de Soignies
  • Detournay : de Tournai
  • Kain : du village de Kain

Origine liée au paysage ou à un micro-toponyme :

  • Delcenserie : la cinse (ferme)
  • Degaucquier : le noyer (gaukier)
  • Dussaussois : la saulaie
  • Carnoy : le charme
  • Duquenoy : la chênaie (kène)
  • Dutrannois : le peuplier tremble
  • Fau(x) : le hêtre

Ces noms sont de véritables cartes postales du passé.

Les noms évoquant une profession : le geste qui définit

Avant la fixation des noms de famille, le métier constituait un marqueur d’identité efficace.

  • Fostier : fossoyeur
  • Glineur : éleveur de poules (de glène)
  • Carpentier : charpentier
  • Varlet : valet, domestique
  • Fournier : boulanger
  • Nafteux : tisserand (navette)

Ces patronymes nous offrent un aperçu direct des activités économiques et sociales qui animaient nos régions autrefois.

Image d'Épinal représentant une sélection de « petits métiers » (1864, BnF)
Image d’Épinal représentant une sélection de « petits métiers » (1864, BnF)

Les noms dérivés d’un prénom : la filiation au coeur de l’identité

De nombreux patronymes proviennent simplement d’un prénom enrichi d’un diminutif :

  • Landrieu : diminutif d’André
  • Bertouille, Bertholet : diminutifs de Bertrand
  • Massin, Masson : dérivent de Thomas
  • Kinet, Kinon : diminutifs de Jacques
  • Belin : diminutif d’Isabelle

Ces noms soulignent l’importance de la lignée directe et du culte des saints dans la dénomination des individus.

Les noms reprenant des sobriquets : le caractère qui persiste

Colorés et évocateurs, ils décrivaient un trait physique ou moral.

  • Rousseau, Roussel : le roux
  • Petit, Legrand, Legros : la stature
  • Bossu : particularité physique
  • Agache : la pie (bavard ou chapardeur)
  • Créteur : de crester, s’enorgueillir

Illustration des noms issus de sobriquets

Le droit et l’usage : quand le nom devient héritage

Entre le Xe et le XVe siècle, les coutumes consacrèrent le nom du père comme nom de famille transmis aux enfants, et le nom du mari passa à l’épouse.

Sous l’Ancien Régime, la liberté nominale restait large : on pouvait changer de nom tant qu’il n’y avait ni fraude ni préjudice. L’exemple célèbre de Jacomo Torelli, devenu Torel lors de la Fronde, l’illustre parfaitement.

En 1790, la Révolution française mit fin à cette liberté : « Un citoyen ne pourra porter que le vrai nom de sa famille. » – décret de la Révolution française, loi du 6 fructidor an II (23 août 1794).
Les noms se figèrent ; la créativité se reporta alors vers les prénoms.

Les noms à Warchin : un miroir du passé

Comprendre ces dynamiques aide à aborder l’étude des patronymes de Warchin (1670–1797) telle que présentée dans le BGH de 1996.
Les noms étudiés ne sont pas de simples mots : ce sont les témoins des vies, des métiers et des paysages du village.

Voici maintenant les premières interprétations étymologiques proposées alors :

  • Ansart: a) ancien nom de baptême germanique : de Ans-hard- et Ans-wald (Ans-, nom de divinité, et hard, dur fort; waldan, gouverner) (Dauzat). b) « sart » est également un endroit, une terre déboisée. Pourrait-on, légitimement, établir une corrélation ? Bataille : surnom désignant vraisemblablement un batailleur.
  • Bonvarlet: littéralement, « bon-valet »; varlet est picard: valet, surtout de ferme. Cfr. aussi Varlet, Hauvarlet.
  • Brunin: « brun de cheveux » (cfr. Brunel, Brunelle, Bruneau, Bruno, Brunard, Brunet, etc.); peut-être également « de couleur sombre » (c’est-à-dire bis, basané) (cfr. Maure, Morel, Morelle).
  • Carpentier : typiquement picard : charpentier (le « ch » devient « k »). Cfr. Décarpenterie (avec toutes les graphies et variantes possibles).
  • Chanterie (Chantry): littéralement, « chante-ruisseau ». Pour un chantre d’église (Cfr. Chantre, Lechantre, Chantraine, Cantraine).
  • Coigne de cogner, « homme brutal » (Dauzat). De « coin », également, petit canton de terre?
  • Comblé(z): du tertre (latin cumulus).
  • Coutelier : désigne en général le marchand de couteaux (Dauzat). D’une tout autre racine que Coutier, de coute, couette, « matelassier » (ancien français : cote, coste, coute).
  • D’achy: a) lié à un toponyme (Acheux – Somme); b) dache, en picard, petit clou. Surnom d’un marchand ou d’un fabricant de clous. Dans le lexique picard de Paul Mahieu, triple acception pour « dache » (nom féminin): 1) petit clou, clou de sabot ; 2) furoncle, bouton purulent; 3) petit dent d’enfant.
  • Degallaix lié à un toponyme (Gallaix).

Les membres en règle peuvent consulter l’ensemble des 36 interprétations, ainsi que le texte complet publié dans le 25ème numéro du BGH, en 1996, pages 27 à 32. Il est accessible pour eux, via ce lien.

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